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Les Mémoires du général Ulysses S. Grant

Les Mémoires du général Ulysses S. Grant

Les dix régiments qui s'étaient portés volontaires dans le service de l'État pendant trente jours, on s'en souvient, l'avaient fait avec l'engagement d'entrer dans le service national s'ils étaient appelés dans ce délai. Lorsqu'ils se sont portés volontaires, le gouvernement n'avait demandé que quatre-vingt-dix jours d'enrôlement. Les hommes étaient appelés maintenant depuis trois ans ou la guerre. Ils ont estimé que ce changement de période les a libérés de l'obligation de se réengager. Lorsque j'ai été nommé colonel, le 21e régiment était encore au service de l'Etat. À peu près au moment où ils devaient être recrutés dans le service des États-Unis, ceux d'entre eux qui allaient y aller, deux membres du Congrès de l'État, McClernand et Logan, sont apparus dans la capitale et je leur ai été présenté. Je n'avais jamais vu ni l'un ni l'autre auparavant, mais j'avais lu beaucoup à leur sujet, et particulièrement à propos de Logan, dans les journaux. Tous deux étaient des membres démocrates du Congrès, et Logan avait été élu dans le district sud de l'État, où il avait une majorité de dix-huit mille sur son concurrent républicain. Son district avait été colonisé à l'origine par des gens des États du Sud, et à l'éclatement de la sécession, ils ont sympathisé avec le Sud. Au premier déclenchement de la guerre, certains d'entre eux rejoignirent l'armée du Sud ; beaucoup d'autres s'y préparaient ; d'autres parcouraient le pays la nuit pour dénoncer l'Union et rendaient nécessaire la garde des ponts de chemin de fer sur lesquels les troupes nationales devaient passer dans le sud de l'Illinois, comme c'était le cas dans le Kentucky ou dans l'un des États esclavagistes frontaliers. La popularité de Logan dans ce quartier était sans bornes. Il en savait presque assez sur les gens qui s'y trouvaient par leurs noms chrétiens pour former un district ordinaire du Congrès. Comme il se lançait en politique, son district était sûr de partir. Les journaux républicains lui avaient demandé de se prononcer sur les questions qui occupaient alors toute la pensée publique. Certains ont été très amers dans leurs dénonciations de son silence. Logan n'était pas homme à être contraint à s'exprimer par des menaces. Il est cependant sorti dans un discours avant l'ajournement de la session extraordinaire du Congrès qui a été convoquée par le président peu après son investiture, et a annoncé sa loyauté et son dévouement indéfectibles à l'Union. Mais je n'avais pas vu ce discours par hasard, de sorte que lorsque j'ai rencontré Logan pour la première fois, mes impressions étaient celles formées en lisant les dénonciations de lui. McClernand, d'autre part, avait de bonne heure pris des motifs solides pour le maintien de l'Union et avait été loué en conséquence par les journaux républicains. Les messieurs qui ont présenté ces deux membres du Congrès m'ont demandé si j'aurais des objections à ce qu'ils s'adressent à mon régiment. J'ai hésité un peu avant de répondre. Ce n'était que quelques jours avant l'heure fixée pour le recrutement au service des États-Unis de ceux qui étaient prêts à se porter volontaires pour trois ans ou la guerre. J'avais un doute sur l'effet qu'un discours de Logan pouvait avoir ; mais comme il était avec McClernand, dont les sentiments sur les questions tout-absorbantes du jour étaient bien connus, j'ai donné mon consentement. McClernand parla le premier ; et Logan a suivi dans un discours qu'il n'a guère égalé depuis pour la force et l'éloquence. Il respirait une loyauté et un dévouement à l'Union qui inspiraient mes hommes à un point tel qu'ils se seraient portés volontaires pour rester dans l'armée tant qu'un ennemi du pays continuerait à porter les armes contre elle. Ils sont entrés au service des États-Unis presque à un homme.

Le général Logan se rendit dans sa partie de l'État et s'occupa de lever des troupes. Ceux-là mêmes qui rendirent d'abord nécessaire la garde des routes du sud de l'Illinois devinrent les défenseurs de l'Union. Logan entra lui-même au service en tant que colonel de régiment et atteignit rapidement le grade de major-général. Son district, qui avait promis d'abord de donner beaucoup de peine au gouvernement, remplissait tous les appels de troupes qu'on lui faisait, sans recourir à la conscription. Il n'y a pas eu d'appel lorsqu'il n'y avait pas plus de volontaires qu'on n'en avait demandé. Ce district du Congrès est aujourd'hui crédité au Département de la Guerre d'avoir fourni plus d'hommes à l'armée qu'il n'était appelé à en fournir.

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